Après une fin d’année 2025 difficile, les fonds durables retrouvent une collecte positive au niveau mondial. Une reprise encore modeste, largement portée par l’Europe, alors que les États-Unis restent engagés dans une dynamique de décollecte.
Les fonds durables retrouvent des couleurs. Selon un rapport de Morningstar, consacré aux flux mondiaux des fonds durables au premier trimestre 2026, les fonds ESG ont enregistré 3,5 milliards de dollars d’entrées nettes sur les trois premiers mois de l’année, après 27 milliards de dollars de sorties au quatrième trimestre 2025.
Une reprise qui reste toutefois fragile et qui traduit surtout une réalité plus contrastée : il s'agit essentiellement d’une dynamique européenne, tandis que les États-Unis et plusieurs autres marchés continuent d’enregistrer des retraits.
Comme le souligne Kenneth Lamont, chef de l'équipe Manager Research de Morningstar, cité par RSE Magazine, "le retour à des flux positifs modestes au premier trimestre suggère que l’intérêt des investisseurs pour les stratégies durables n’a pas disparu, mais qu’il reste fragile et très spécifique à certaines régions".
L’Europe, principal moteur du rebond
Dans le détail, l’Europe apparaît comme le véritable moteur de cette reprise. Les fonds durables européens ont attiré 9,1 milliards de dollars, marquant leur premier trimestre de collecte positive depuis le deuxième trimestre 2024. Un redressement qui contraste fortement avec les 16,6 milliards de dollars de sorties enregistrés sur les trois derniers mois de 2025.
Cette amélioration tient d’abord au dynamisme des fonds passifs durables, c’est-à-dire des fonds qui cherchent à répliquer un indice intégrant des critères ESG. Selon Morningstar, ils ont capté 24 milliards de dollars d’entrées nettes sur le trimestre. À l’inverse, les fonds actifs durables européens ont enregistré 14,8 milliards de dollars de retraits.
Du côté des différentes classes d’actifs, les fonds obligataires durables ont continué d’attirer les investisseurs, avec 9,5 milliards de dollars de collecte nette. Les fonds actions durables sont également repassés dans le vert, avec 2,8 milliards de dollars d’entrées, après d'importantes sorties fin 2025.
Aux États-Unis, les sorties se poursuivent
La dynamique reste nettement moins favorable aux États-Unis. Les fonds durables américains ont enregistré 4,3 milliards de dollars de sorties nettes au premier trimestre, soit leur quatorzième trimestre consécutif de décollecte. Cette tendance s’inscrit dans un contexte politique beaucoup plus hostile à l’ESG, devenu un sujet de clivage dans le débat public américain.
Morningstar note aussi un écart important entre fonds actifs et passifs. Aux États-Unis, les fonds passifs durables ont attiré 3 milliards de dollars, mais cela n’a pas suffi à compenser les 7,3 milliards de dollars retirés des stratégies actives.
En dehors de l’Europe, seuls le Canada et la zone Australie/Nouvelle-Zélande ont affiché des flux positifs, mais dans des proportions plus modestes. Le reste du monde, dans son ensemble, reste en décollecte.
Une reprise réelle, mais encore prudente
Ce redémarrage de la collecte ne doit pas masquer un environnement encore incertain. Les encours mondiaux des fonds durables ont reculé d’environ 10 % au premier trimestre, à 3 510 milliards de dollars, contre 3 900 milliards fin 2025. Une baisse qui s’explique principalement, selon Morningstar, par la volatilité des marchés.
L’Europe conserve néanmoins un poids très dominant : elle représente environ 85 % des encours mondiaux, loin devant les États-Unis, qui pèsent autour de 10 %. Des encours mondiaux qui ont par ailleurs été multipliés par près de six depuis fin 2018, malgré le ralentissement récent.
Autre signe de prudence : les lancements de nouveaux fonds durables sont tombés à un niveau très bas. Morningstar n’en recense que 17 dans le monde au premier trimestre 2026, contre 50 au trimestre précédent. En Europe, seuls huit nouveaux fonds durables ont été lancés, contre 32 au trimestre précédent, les sociétés de gestion privilégiant, selon le rapport, la consolidation de leurs gammes existantes.
Comme le résume Kenneth Lamont, toujours dans les colonnes de RSE Magazine, "ce à quoi nous assistons est davantage un réajustement qu’un recul". Après plusieurs années de croissance rapide, le marché des fonds durables entre dans une phase plus sélective. Pour les épargnants, cela signifie que l’offre demeure importante, mais qu’elle demande plus que jamais d’être lue attentivement : objectifs poursuivis, méthode ESG, frais, niveau de risque et cohérence avec ses propres convictions restent des critères essentiels avant d’investir.
