À mesure que l’intérêt pour la finance durable grandit, les recherches et les études menées ces dernières années viennent nuancer l’idée persistante selon laquelle rendement et climat sont incompatibles. Décryptage.
Canicules, sécheresses, phénomènes climatiques extrêmes... Les effets du changement climatiques sont de plus en plus visibles, et de nombreux épargnants souhaitent que leur argent soutienne des activités utiles à la transition écologique. Mais une inquiétude revient systématiquement : les investissements responsables sont-ils moins performants ?
Pendant longtemps, la conviction était qu’un placement durable devait nécessairement coûter plus cher ou rapporter moins. Mais les recherches et données récentes viennent nuancer cette idée.
Performance financière et investissement responsable : mythe ou réalité ?
Depuis plusieurs années, la recherche s’intéresse aux liens entre fonds d’investissement responsable (prenant en compte des critères environnementaux, sociaux, gouvernance) et performance financière. Selon une étude réalisée en 2020 par un étudiant de l’Ecole Polytechnique, avec le Forum pour l’investissement responsable (FIR), les fonds responsables ont "une performance globalement comparable à celle du marché". L’étude a également conclu à une surperformance pour 62 % des fonds étudiés.
En 2021, une méta-étude réalisée NYU Stern Center for Sustainable Business a elle aussi mis en lumière une rentabilité globalement similaire à celle des investissements classiques, voire supérieure dans plus de 30 % des cas.
Plus récemment, un rapport de Morningstar indique qu’en 2024, 45 % des indices durables ont surpassé leurs équivalents non-ESG, et 77 % des indices alignés “climat et net zéro” ont surperformé.
De plus, un rapport de l'OCDE sur l’évaluation des données ESG rappelle que celles-ci peuvent aider à “minimiser l’exposition des portefeuilles aux risques financiers et non-financiers".
Investissement responsable et performance financière peuvent donc être compatibles. Investir dans des fonds responsables peut même représenter un choix stratégique, dans un monde où le changement climatique devient un facteur de performance et de risque.
Mais, comme pour tout placement, les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Tout dépend du contexte, de la méthodologie et de l’horizon d’investissement.
Des précautions à prendre
Pour concilier au mieux performance et durabilité, il est essentiel de prendre en compte certains éléments avant toute décision d’investissement.
- Les différentes approches de l’ESG :
Exclusion, “best-in-class”, “best-in-universe", fonds thématiques climat… Les approches des fonds durables sont variées. Et, selon certaines recherches, elles ne se valent pas toutes. Une étude menée par des chercheurs de l’EDHEC Business school montre notamment que l’exclusion améliore les scores ESG moyens des portefeuilles. Toutefois, elle indique également que l’impact des exclusions varie selon le profil ESG initial des portefeuilles.
- La qualité des données :
La fiabilité des scores ESG peut fortement varier. Dans son étude sur l’évaluation des données ESG, l’OCDE alerte notamment sur les différences de normes, de mesures, de transparence et de pondération.
- La volatilité :
Tous les investissements comportent un risque de perte partielle ou totale du capital investi. Mais certaines analyses suggèrent que les portefeuilles ESG peuvent être plus résilients en période de crise. Une étude menée par des chercheurs italiens montre que les investissements ESG étudiés ont présenté une meilleure résilience durant les crises des dernières années.
- Le risque de greenwashing :
Le greenwashing, qui consiste à afficher des allégations environnementales trompeuses, reste très présent dans la finance durable. Certains fonds responsables peuvent notamment continuer à investir dans des activités fortement émettrices de gaz à effet de serre ou controversées.
Les labels peuvent jouer un rôle clé pour aider les épargnants à y voir plus clair : ils définissent un référentiel et imposent une transparence accrue. En France, le Label ISR a ainsi été réformé en 2024 pour renforcer ses exigences : il exclut désormais les entreprises dont plus de 5 % du chiffre d'affaires provient du charbon ou qui développent de nouveaux projets d’hydrocarbures, et il impose aux fonds labellisés de publier des objectifs de transition claire.
Investir pour un futur plus durable
Si performance financière et performance climatique peuvent aller de pair, il est nécessaire de s’appuyer sur des stratégies rigoureuses et transparentes. Pour les épargnants, l’essentiel est de pouvoir distinguer les produits réellement engagés des simples promesses, notamment grâce aux labels.
Car au-delà de la performance financière, dans un contexte où les risques climatiques deviennent aussi des risques financiers, investir de manière responsable apparaît de plus en plus comme un choix pertinent et durable.
