Finance et climat sont interconnectés : bien que principalement indirectes, les émissions de gaz à effet de serre du secteur financier ont un réel impact sur le climat. Et à l’inverse, la finance est particulièrement exposée aux conséquences du changement climatique. Décryptage.
Plus de 600 millions de tonnes d’équivalent CO2. C’est en moyenne l’empreinte carbone des quatre plus grands groupes bancaires français en 2020, selon un rapport d’Oxfam France paru en 2021. Soit, pour chacune de ces banques, une empreinte "supérieure au territoire national français". Seuls le Crédit Mutuel et la Banque Postale tirent leur épingle du jeu, avec des émissions s’élevant respectivement à 310 et 225 millions de tonnes d’équivalent CO2. Un constat qui ne concerne pas que les banques françaises, mais bien l’ensemble du secteur financier. En cause : le financement d’activités émettrices de gaz à effet de serre (GES).
Les émissions financées : un indicateur clé de l’impact climatique de la finance
Le calcul de l’empreinte carbone se décompose en "scopes", ou périmètres, selon une méthode définie par le Greenhouse Gas Protocol, un protocole international adopté en 2001. On compte trois scopes :
Scope 1 : il s’agit des émissions de GES directes des entreprises, issues par exemple des combustibles fossiles tels que le pétrole ou le charbon ;
Scope 2 : il s’agit des émissions de GES indirectes liées à la production d’énergie achetée et consommée par l’entreprise ;
Scope 3 : il correspond aux émissions de GES indirectes situées en amont et en aval de la chaîne de valeur et qui échappent au contrôle direct de l’entreprise, tels que les produits et services achetés, la logistique ou les déchets.
Le secteur financier est principalement concerné par le scope 3 : on parle d’émissions financées, autrement dit les émissions indirectes qui découlent du financement d’activités émettrices de GES. Concrètement, un acteur financier qui investit dans une entreprise qui émet des GES porte de manière indirecte une partie de l’empreinte carbone de cette entreprise.
Financement des énergies : un déséquilibre persistant entre fossiles et durables
Parmi les principaux secteurs d’activité émetteurs de GES dans lesquels investit la finance traditionnelle, on retrouve les flux mondiaux de marchandises, l’agriculture traditionnelle et, surtout, les énergies fossiles.
En effet, selon une étude publiée le 23 septembre 2025 par plusieurs ONG, parmi lesquelles Reclaim Finance et le WWF, les grands établissements bancaires mondiaux ont financé les énergies fossiles à hauteur de 3 285 milliards de dollars entre 2021 et 2024. Soit plus du double du montant investi dans les énergies soutenables, qui s’est élevé à 1 368 milliards de dollars sur cette même période.
Selon l’étude, si les banques françaises et européennes ont un meilleur bilan que celui des banques américaines, canadiennes, japonaises et chinoises, situées en bas du classement, il reste "bien en deçà de ce qui est nécessaire pour réussir la transition énergétique". Là encore, ce sont le Crédit Mutuel et la Banque Postale qui s’en sortent le mieux. Le rapport précise que seule la Banque Postale "s'attaque à l’expansion des énergies fossiles en appliquant de strictes restrictions au financement de nouvelles centrales à gaz et à charbon, ainsi qu'aux entreprises qui les développent".
Un secteur très exposé au changement climatique
Alors qu’il investit encore largement dans des activités émettrices de GES, le secteur financier est particulièrement exposé aux conséquences engendrées par le changement climatique et l’effondrement de la biodiversité. Une étude publiée le 31 mars 2025 par des chercheurs australiens dans la revue Environmental Research Letters démontre notamment que, dans un scénario de réchauffement à +4°C, la perte de PIB par habitant et par an atteindrait 40 % d’ici la fin du siècle.
Selon l’ACPR (Autorité de contrôle prudentiel et de résolution), le changement climatique fait peser trois types de risques sur les acteurs financiers :
- Le risque physique, qui correspond aux impacts directs du changement climatique sur les acteurs économiques et financiers, comme les aléas climatiques extrêmes ou l’augmentation de l’aire de répartition de certaines maladies ;
- Le risque de transition, qui correspond aux conséquences économiques liées à la mise en œuvre de modèles économiques décarbonés ;
- Le risque de responsabilité, qui correspond aux compensations dues par une personne morale jugée responsable de conséquences du changement climatique.
La finance durable : concilier climat et rentabilité
En investissant dans des activités qui œuvrent pour la transition écologique et énergétique, la finance peut jouer un rôle positif dans la lutte contre le changement climatique. C’est l’un des objectifs de la finance durable : allier performance environnementale et performance financière.
Le développement de la finance durable s’est accéléré depuis l’Accord de Paris de 2015, encouragé par la mise en place de réglementations françaises et européennes. Et des initiatives vertueuses ont également vu le jour ces dernières années, telles que la Task Force on Climate Related Financial Disclosures (TCFD), une initiative internationale dont l’objectif est d’améliorer la transparence financière des entreprises en matière de climat.
