Investir pour le climat, du groupe industriel soucieux de son empreinte carbone à la startup dédiée aux énergies renouvelables
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Les grandes entreprises attentives à leur transition climatique comme les petits acteurs spécialisés ont besoin de financer leur (re)déploiement.
Est-il responsable d’investir dans Renault ? Oui si vous considérez que la stratégie de ce constructeur automobile français pour accompagner la transition énergétique mérite d’être soutenue et qu’il fera partie des leaders de son secteur dans quelques années. Non, si à l’inverse, vous n’êtes pas convaincu par sa stratégie de transition et que vous considérez qu’il perdra à l’avenir du terrain sur d’autres acteurs de son secteur. Investir pour le climat consiste bien sûr à investir dans des entreprises dont l’activité même a pour objet de contribuer à la transition climatique, des producteurs de panneaux solaires ou d’éoliennes, voire des startups dédiées à la conception de nouvelles sources d’énergies. Mais il n’est pas moins crucial d’accompagner les efforts de transition de grands groupes historiques, dont l’activité est fortement émissive.
Inciter à la transition les entreprises des secteurs les plus émissifs
L’impact de leurs efforts de transition a d’autant plus d’influence qu’ils sont à l’origine d’une proportion importante des émissions globales de l’activité humaine. L’action en faveur du climat se traduira en très grande partie par une action en faveur de la décarbonation des secteurs les plus émissifs : les secteurs de l’énergie, du bâtiment, des transports, de la chimie, de l’acier, de l’industrie plus généralement. Les acteurs de ces secteurs doivent être fortement incités à faire évoluer leurs processus de production, voire leurs modèles économiques. Si les secteurs des transports, de l’industrie manufacturière et du bâtiment qui représentent à eux trois, selon l'Agence internationale de l'énergie, la majorité des émissions de CO2 dans le monde, réduisaient de moitié leurs émissions, une part majeure des émissions seraient ainsi évitées.
Alors comment les inciter à faire leur révolution ? En érigeant des contraintes réglementaires, en leur fixant des objectifs coercitifs ? Sans doute. Mais on ne peut ignorer que la mise en œuvre de cette révolution est extrêmement couteuse : modifier des processus de production, relocaliser certaines productions, créer de nouveaux produits qui se substitueront à des produits existants qui pourtant répondaient à une demande, développer de nouvelles compétences parmi les collaborateurs sont des décisions lourdes de conséquences. Le passage très douloureux pour l’industrie automobile européenne de la production de voiture thermique à la production de voiture électrique en est une parfaite illustration. Cette révolution passe par de la conviction et des financements. Et n’est-ce pas le rôle de l’investisseur que de faire passer des convictions, à travers le dialogue actionnarial, et d’apporter des financements ? Plus l’actionnariat de ces entreprises particulièrement émissives sera composé d’actionnaires souhaitant œuvrer en faveur du climat, plus elles parviendront à réorienter leurs activités pour les rendre moins émissives.
Miser sur les précurseurs
Cette démarche d’investisseur n’a pas exclusivement pour vocation de faire bouger les pratiques des entreprises. Il s’agit aussi d’une démarche d’investisseurs attentifs à la performance de leurs portefeuilles. Elle consistera en effet à identifier parmi les acteurs de chaque secteur ceux qui sont susceptibles d’avancer dans la bonne direction plus vite que les autres. Car cette transition est inéluctable et elle laissera sur le bas-côté les entreprises les plus passives, celles qui n’auront pas su opérer leur mue et subiront un risque de non-conformité aux normes, un risque opérationnel lié à leur inadaptation au changement climatique et un risque commercial lié à l’évolution des pratiques de consommation. À l’inverse, les précurseurs sortiront gagnants de cette bataille qui s’annonce et deviendront les leaders de demain. Miser sur ces entreprises, ce sera miser sur les entreprises les plus dynamiques de la cote.
Accompagner l’innovation des acteurs spécialisés
Cette stratégie d’investisseur averti n’empêche pas de consacrer une partie de son portefeuille à des entreprises plus spécialisées, dont le modèle de développement a été dès l’origine pensé pour répondre aux enjeux du climat : des petites et moyennes capitalisations, voire des entreprises non cotées. Ces entreprises aussi ont un crucial besoin de financement, en fonds propres et en dette, en complément de leurs financements bancaires. Elles doivent financer leur capacité d’innovation, de production et de déploiement commercial, voire leur croissance externe, si elles souhaitent accélérer leur développement à travers des opérations d’acquisitions. Des fonds d’investissement dédiés à l’accompagnement des entreprises dans ces différentes phases de leur développement lèvent des capitaux auprès d’investisseurs soucieux de diversifier leurs portefeuilles sur des entreprises à fort potentiel (souvent aussi aux profils plus risqués) et désireux de financer plus spécifiquement les acteurs de la transition énergétique : fournisseurs d’énergies renouvelables, d’équipements, de stockage ou de réseaux, par exemple. Du groupe industriel aux prises avec les défis de la réorientation de son modèle à la startup en phase avec les nouvelles dynamiques issues de la transition climatique, les investisseurs ont l’opportunité de constituer des portefeuilles d’entreprises résolues à œuvrer en faveur de la protection du climat.
