Les placements dits "verts" se multiplient et attirent de plus en plus d’épargnants soucieux de donner du sens à leur argent. Mais derrière les promesses environnementales, tous les produits financiers ne se valent pas. Comment distinguer un fonds réellement engagé d’un simple argument marketing ?
En 2025, les encours mondiaux des fonds intégrant des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) ont atteint 3 900 milliards de dollars selon Morningstar, soit une hausse de près de 30 % par rapport à 2024. Mais cette croissance s’accompagne d’un risque, celui de produits qui revendiquent un impact environnemental sans transformation réelle des pratiques d’investissement : le greenwashing financier.
Greenwashing financier : de quoi parle-t-on ?
Le greenwashing consiste à donner une image écologique exagérée ou trompeuse à un produit ou à un service. Dans la finance, cela peut se traduire par un fonds mettant en avant un discours climatique ambitieux, tout en continuant à investir dans des entreprises fortement émettrices de gaz à effet de serre.
Se méfier des discours flous et du manque de transparence
Premier signal d’alerte : l’absence de méthodologie claire ou de chiffres vérifiables.
Les termes génériques comme "vert", "éthique" ou "engagé" sont à prendre avec précaution lorsqu’ils ne sont pas accompagnés d’indicateurs concrets.
Un produit crédible doit préciser :
- ses objectifs environnementaux (réduction des émissions, financement des renouvelables, etc.) ;
- ses critères d’exclusion (charbon, pétrole, armes…) ;
- des données chiffrées (empreinte carbone, trajectoire de décarbonation...).
Un fonds réellement engagé publie la liste des entreprises dans lesquelles il investit, ainsi que sa méthode d’analyse ESG. Si ces informations sont difficiles à trouver, partielles ou vagues, la méfiance s’impose. Cette transparence est d’autant plus essentielle que certaines pratiques peuvent rester en décalage avec le discours affiché.
L’Autorité européenne des marchés financiers (ESMA) a publié en 2024 de nouvelles lignes directrices encadrant l’utilisation des termes liés à l’ESG ou au climat dans le nom des fonds. Concrètement, un produit ne peut plus utiliser de termes tels que "durable", "transition" ou "climat" sans respecter des critères précis d’investissement et d’exclusions. En France, l’Autorité des marchés financiers (AMF) a adapté sa doctrine pour s’aligner sur ces exigences. Plusieurs fonds ont ainsi dû modifier leur nom ou revoir leur stratégie pour rester conformes.
Mais une étude récente de l’ONG Reclaim Finance a montré que certains gestionnaires "jouent avec la réglementation" pour "conserver des noms à connotation durable sans changer leurs pratiques". Autrement dit, un changement d’intitulé ou un positionnement marketing ne garantit pas toujours une évolution réelle des investissements.
Labels : un repère utile
Les labels peuvent aider à s’y retrouver, car ils soumettent les produits à des critères définis. En France, le label ISR a fait l’objet d’une réforme entrée en vigueur en 2024. Son nouveau cahier des charges exclut désormais les entreprises développant de nouveaux projets d’exploration ou de production d’énergies fossiles et renforce les exigences de sélection et de suivi extra-financier.
Le label Greenfin, créé en 2019, identifie des fonds qui financent des activités contribuant à la transition énergétique et écologique, avec une exclusion stricte des activités relevant de l’ensemble de la chaine de valeur des combustibles fossiles. Ce label est centré spécifiquement sur l’impact environnemental, ce qui le différencie du label ISR, plus large (environnemental, social et de gouvernance).
Ces labels constituent des repères utiles pour l’épargnant mais leur présence ne remplace pas une analyse attentive du portefeuille et de la stratégie d’investissement. Un label est un seuil minimal d’exigence, pas une garantie d’impact climatique automatique.
SFDR : que signifie la classification européenne ?
Au niveau européen, la réglementation SFDR distingue notamment :
- les produits "article 8", qui promeuvent des caractéristiques environnementales ou sociales ;
- les produits "article 9", qui poursuivent un objectif d’investissement durable.
Mais cette classification ne garantit pas automatiquement un même niveau d’exigence entre tous les fonds concernés. En 2022, une étude de la fintech Clarity AI indiquait ainsi qu’environ 20 % des fonds classés "article 9" présentaient plus de 10 % d’investissements dans des entreprises impliquées dans des controverses sociales ou environnementales.
À noter toutefois que la Commission européenne a proposé fin 2025 une révision du règlement SFDR. L’objectif affiché : simplifier et clarifier les obligations d’information ESG, tout en renforçant la lutte contre le greenwashing en réservant l’usage des allégations ESG aux produits répondant à des critères stricts définis par la nouvelle classification envisagée.
En pratique, comment vérifier ?
Avant d’investir dans un fonds :
- consulter le document d’information clé (DIC) et le prospectus ;
- rechercher des objectifs mesurables et des indicateurs suivis dans le temps ;
- vérifier les exclusions sectorielles ;
- comparer plusieurs fonds similaires.
La finance durable peut constituer un réel levier de transition. À condition d’aller au-delà des promesses et d’examiner les preuves.
